Astrologue qui se laisse tomber dans un puits (L')


Recueil : I parution en 1668.
Livre : II
Fable : XIII composée de 48 vers.

La Fontaine
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Un Astrologue un jour se laissa choir
Au fond d'un puits. On lui dit : "Pauvre bête,
Tandis qu'à peine à tes pieds tu peux voir,
Penses-tu lire au-dessus de ta tête ? "
Cette aventure en soi, sans aller plus avant,
Peut servir de leçon à la plupart des hommes.
Parmi ce que de gens sur la terre nous sommes,
Il en est peu qui fort souvent
Ne se plaisent d'entendre dire
Qu'au livre du Destin les mortels peuvent lire.
Mais ce livre, qu'Homère et les siens ont chanté,
Qu'est-ce, que le Hasard parmi l'Antiquité,
Et parmi nous la Providence ?
Or du Hasard il n'est point de science :
S'il en était, on aurait tort
De l'appeler hasard, ni fortune, ni sort,
Toutes choses très incertaines.
Quant aux volontés souveraines
De Celui qui fait tout, et rien qu'avec dessein,
Qui les sait, que lui seul ? Comment lire en son sein ?
Aurait-il imprimé sur le front des étoiles
Ce que la nuit des temps enferme dans ses voiles ?
A quelle utilité ? Pour exercer l'esprit
De ceux qui de la Sphère et du Globe ont écrit ?
Pour nous faire éviter des maux inévitables ?
Nous rendre, dans les biens, de plaisir incapables ?
Et causant du dégoût pour ces biens prévenus,
Les convertir en maux devant qu'ils soient venus ?
C'est erreur, ou plutôt c'est crime de le croire.
Le Firmament se meut ; les Astres font leur cours,
Le Soleil nous luit tous les jours,
Tous les jours sa clarté succède à l'ombre noire,
Sans que nous en puissions autre chose inférer
Que la nécessité de luire et d'éclairer,
D'amener les saisons, de mûrir les semences,
De verser sur les corps certaines influences.
Du reste, en quoi répond au sort toujours divers
Ce train toujours égal dont marche l'Univers ?
Charlatans, faiseurs d'horoscope,
Quittez les cours des Princes de l'Europe ;
Emmenez avec vous les souffleurs tout d'un temps :
Vous ne méritez pas plus de foi que ces gens.
Je m'emporte un peu trop : revenons à l'histoire
De ce Spéculateur qui fut contraint de boire.
Outre la vanité de son art mensonger,
C'est l'image de ceux qui bâillent aux chimères,
Cependant qu'ils sont en danger,
Soit pour eux, soit pour leurs affaires.
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Source L'observateur des étoiles et le voyageur (Quatrain de Babrius) - Esope, L'astronome - Faërne, L'astrologue.

Remarque :
Un astronome avait pour habitude de sortir le soir pour observer les étoiles. Un soir qu'il se promenait dans les faubourgs, plongé dans la contemplation du ciel, il tomba par inadvertance dans un puits. Comme il poussait des cris lamentables, un passant fut attiré par ses gémissements; apprenant ce qui s'était produit:
- Eh bien, toi ! dit-il à l'astronome, tu cherches à saisir les phénomènes célestes, et ce qu'il y a sur terre, tu ne le vois pas ?
On pourrait adresser cette fable à ceux qui se vantent d'accomplir des prodiges, sans vouloir s'acquitter des tâches les plus communes. (Esope)

Tout attentif aux étoiles, un observateur d'astres par mégarde tomba dans un puits, mais un voyageur survenant dit à l'astrologue qui gémit:
- Comment ? Tu appliques si bien ton esprit là-haut et tu ne vois pas la terre ?
Moralité: La plupart ignorent le présent et se vantent de connaître l'avenir. (Babrius).
Images

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Astrologue qui se laisse tomber dans un puits (L')
Jean-Baptiste Oudry
Peintre et graveur français (1686 -1755)

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Astrologue qui se laisse tomber dans un puits (L')
Jean-Jacques Grandville
Illustrateur français (1803-1845)

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Astrologue qui se laisse tomber dans un puits (L')
Gustave Doré
Illustrateur français (1832-1883)
EsopeAstrologue. (De l')


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FableUn Astrologue contemplait les astres en marchant : il eût beaucoup mieux fait de regarder à ses pieds ; car tandis qu'il lève les yeux et les tient toujours fixés vers le ciel, voici que sans voir un puits qu'on avait creusé sur son chemin, il en approche, et de si près, qu'il s'y précipite et s'y noie.

SensFable non commentée.