Avare qui a perdu son trsor (L')


Recueil : I parution en 1668.
Livre : IV
Fable : XX composée de 38 vers.

La Fontaine
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L'Usage seulement fait la possession.
Je demande ces gens de qui la passion
Est d'entasser toujours, mettre somme sur somme,
Quel avantage ils ont que n'ait pas un autre homme.
Diogne l-bas est aussi riche qu'eux,
Et l'avare ici-haut comme lui vit en gueux.
L'homme au trsor cach qu'Esope nous propose,
Servira d'exemple la chose.
Ce malheureux attendait
Pour jouir de son bien une seconde vie ;
Ne possdait pas l'or, mais l'or le possdait.
Il avait dans la terre une somme enfouie,
Son coeur avec, n'ayant autre dduit
Que d'y ruminer jour et nuit,
Et rendre sa chevance lui-mme sacre.
Qu'il allt ou qu'il vnt, qu'il bt ou qu'il manget,
On l'et pris de bien court, moins qu'il ne songet
A l'endroit o gisait cette somme enterre.
Il y fit tant de tours qu'un Fossoyeur le vit,
Se douta du dpt, l'enleva sans rien dire.
Notre Avare un beau jour ne trouva que le nid.
Voil mon homme aux pleurs ; il gmit, il soupire.
Il se tourmente, il se dchire.
Un passant lui demande quel sujet ses cris.
C'est mon trsor que l'on m'a pris.
- Votre trsor ? o pris ? - Tout joignant cette pierre.
- Eh ! sommes-nous en temps de guerre,
Pour l'apporter si loin ? N'eussiez-vous pas mieux fait
De le laisser chez vous en votre cabinet,
Que de le changer de demeure ?
Vous auriez pu sans peine y puiser toute heure.
- A toute heure ? bons Dieux ! ne tient-il qu' cela ?
L'argent vient-il comme il s'en va ?
Je n'y touchais jamais. - Dites-moi donc, de grce,
Reprit l'autre, pourquoi vous vous affligez tant,
Puisque vous ne touchiez jamais cet argent :
Mettez une pierre la place,
Elle vous vaudra tout autant.
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Source Esope, L'avare.

Remarque :
Un avare ayant converti en argent toute sa fortune et en ayant fait un lingot d'or, l'enterra en un certain endroit, enfouissant la fois son me et son esprit, et chaque jour il venait le voir. Mais un ouvrier l'observa et comprit ce qui en tait. Il dterra 1e trsor et l'emporta. L-dessus notre homme vint et trouva la place vide. I1 se mit se lamenter et s'arracher les cheveux. Quelqu'un, entendant ses lamentations, lui en demanda la cause.
- Ne te dsole pas ainsi, mon ami, car tu avais ton or sans l'avoir. Eh bien, prends une pierre, mets-la la place de ton or et dis-toi que c'est ton or, il te rendra le mme service, car, ce que je sais, mme lorsque c'tait de l'or, tu n'avais pas la jouissance de ton bien.

Cette fable enseigne que la possession n'est rien si l'usage ne s'y ajoute. (Esope)
Images

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Avare qui a perdu son trsor (L')
Gustave Dor
Illustrateur franais (1832-1883)

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Avare qui a perdu son trsor (L')
Gustave Dor
Illustrateur franais (1832-1883)
EsopeAvare et du Passant. (De l')


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FableUn Avare enfouit son trsor dans un champ ; mais il ne put le faire si secrtement qu'un Voisin ne s'en apert. Le premier retir, l'autre accourt, dterre l'or et l'emporte. Le lendemain l'Avare revient rendre visite son trsor. Quelle fut sa douleur lorsqu'il n'en trouva que le gte ! Un dieu mme ne l'exprimerait pas. Le voil qui crie, pleure, s'arrache les cheveux, en un mot se dsespre. ses cris, un Passant accourt. " Qu'avez-vous perdu, lui dit celui-ci, pour vous dsoler de la sorte ? - Ce qui m'tait mille fois plus cher que la vie, s'cria l'Avare : mon trsor que j'avais enterr prs de cette pierre. - Sans vous donner la peine de le porter si loin, reprit l'autre, que ne le gardiez-vous chez vous : vous auriez pu en tirer toute heure, et plus commodment l'or dont vous auriez eu besoin. - En tirer mon or ! s'cria l'Avare : ciel ! je n'tais pas si fou. Hlas ! je n'y touchais jamais. - Si vous n'y touchiez point, rpliqua le Passant, pourquoi vous tant affliger ? Eh, mon ami, mettez une pierre la place du trsor, elle vous y servira tout autant. "

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